18.12.20

Papillon

Il m'a fallu passer aujourd'hui au magasin de CD d'occase à côté du bureau pour enfin m'acheter, à bas prix, « Rum Sodomy and the Lash » des Pogues.

Vincent, qui me l'a fait découvrir il y a bien longtemps pourra imaginer les souvenirs et autres remugles de passé qui remontent ce soir, alors que je me dis que je n'ai pas de lecteur de CD à la maison et que je suis obligé de faire passer le truc dans le vieil imac qui nous sert d'écran pour mater Netflix…

Bon sang, le truc date de 85. Je rentrais au lycée ! Paumé dans un quartier bourgeois de Paris de jour, et de retour dans ma banlieue tranquille le soir. Les week-ends passés autour d'une table de jeu de rôle ou je ne sais quoi. À passer le temps en attendant de partir loin de tout l'été venu, sur mes rochers de Pors Nevez. Malik Oussekine allait mourir l'année suivante, et nous, au lycée, on ne savait pas trop pourquoi les gens manifestaient. Quelques mois plus tard, je réussissais à ne pas me prendre de platane dans le virage serré vers la rive gauche et Jussieu. De là, la rue des Boulangers et le Finnegan's Wake n'étaient qu'à une heure de cours particulier pour se payer une ou deux Guinness et se dire qu'on pouvait faire semblant, le temps d'une mousse brune.

Vincent, je l'ai connu cette année là, dans ma banlieue, autour d'une table de jeu. Et il a toujours des goût musicaux aussi dingues.

22.11.20

Un dimanche à la mer

Dimanche dernier, j'ai sursauté quand j'ai vu que j'avais passé une partie de la matinée à scruter sans vie l'écran animé de mon ordinateur.

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Quand on a envie de s'arracher la poitrine parce que ça fait mal dedans, on a tendance à écrire à la première personne.
Parce qu'on n'a plus l'espace nécessaire pour respirer et qu'on doit hurler pour repousser les murs de peur qui nous entourent.

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Je suis assis depuis deux heures. J'ai fini l'œuf dur, la salade, la tranche de pain de mie beurrée, et le biscuit que la dame m'a donné en plus, « vous venez toujours quand j'ai des choses en rab. » Le café amer est passé depuis longtemps.

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Essayer de sortir des scènes dures de sa mémoire pour en faire juste des scènes, avec des acteurs, et des décors, et des effets spéciaux, c'est pas facile. Un, parce que ça fait mal de désenfouir la mort. Et deux, parce que la mort est toujours seulement à moitié morte.

22.10.20

Courte lettre

Bonjour Claire,

Les choses avancent, lentement. Je viens de lire ton texte sur M. Tschudin. Je réalise qu'il est arrivé à Jussieu juste quelques années avant que j'y débarque, ébloui par autant de lumière. J'ai les larmes aux yeux.

Jean-Christophe

11.10.20

Assiette de riz

(février 2020)

Pas beaucoup de restos jamaïcains dans la région. Un seul en fait. Pas cher le soir. 1000 yens pour une assiette de riz et légumes et une boisson. La propriétaire est sympa. Grande et belle. Elle me connaît de vue. Elle sait que je prends un rhum ginger. Les habitués entrent. Un par un ou deux par deux, pendant que le reggae fait vibrer le mobilier. J'ai préparé une marmite de soupe aux légumes et une casserole de riz complet à midi. Elles attendront.

Et puis une femme entre. Elle n'a pas l'air d'être cliente ici. Elle prend l'assiette de riz et une bière. Elle est assise en face de moi. Je n'ai pas la prétention de croire que c'est pour pouvoir me regarder.

29.9.20

C'était hier

(avant novembre 2010)

Finalement, le soleil s'est couché.
Il s'en est fallu de peu
pour que la journée s'allonge au-delà du raisonnable.

Une journée froide
et triste
au goût amer.
Pardonnez-moi cette image éculée.
Froideur tristesse et amertume, c'est dur de faire plus fade.

Comme il est loin le moment où je caressais le clavier,
Mon Dieu quelle horreur, le clavier dis-je
extension mécanique de mes membres

Comme il est loin le moment où je caressais le clavier,
pour poser des mots de douceur et de timidité, et de tendresse aussi.
Sur cet écran blanc dont je m'éclaire le soir.
Comme il est loin ce moment.

Mais c'était hier.